Détail du Possibles n° 40, Précis d’Orientation, Juin 2026

Précis d’Orientation
Détail du Possibles n° 40 – Juin 2026

couverture n° 40K.J.Djii, Précis d’orientation, p. 5
Olivier Causte, Ayant trop lu, p. 14
Pascal Adam, La Décadence, c’est moi, p. 19
Marianne Ginesta, L’Herbe sous la peau, p. 31
Yves Marchand, Le Syndrome de l’abandon, p. 41
Martine Rouhart, Ce qui nous file entre les doigts, p 49
Patrick Aveline, Quelques poèmes, p. 51
Laurence Biava, Notre Avenir, p. 56
Daniel Kay, Maurice Denis à Perros-Guirec, p. 63
Jacqueline Fischer, Le Cahier débrouillé, p. 66
Charles Garatynski, L’Europe de cannelle, p. 69
Laurence Paulmier, Envie de baiser, p. 74
Sacha Zamka, Poèmes 2025, p. 78
Marie-Christine Guidon, René Guy Cadou, p. 85
Paul Guiot, Poèmes ou chansons ?, p. 93
Parme Ceriset, Je reviens de la nuit, p. 103
Alain Nouvel, Éloge de Marcelle Delpastre, p. 109
Lauréates du prix Chassignet de Lods, p. 116



Voir la quatrième de couverture


Notes de lecture

Marie-Claude San Juan, Albert Camus, d’une rive à l’autre, avec vingt-deux auteurs, Unicité, 2026, 452 p. 22 €. par Marie Paule Farina, p. 119.
Joe Bousquet, Lettres à Jean Cassou, 1930-1950, Gallimard, 2026, 400 pages, 25 €. par Pierre Perrin, p. 122.
Jean-Luc Marion, La Raison du sport, Cours toujours !, éd. Grasset, 2026. par Pierrick de Chermont, p. 123.
Parme Ceriset, Amazone d’outre-monde, Tarmac, 66 pages, 15 €. et La Liberté sur les lèvres, Unicité, 2025, 102 p., 15 €. par Julien Miavril, p. 125.
Thierry Metz, Lettres à la Bien-aimée et autres poèmes, Gallimard, coll. Poésie, 2025. par K.J. Djiii, p. 126.
Joëlle Pétillot, Chergui, éditions Fables fertiles, 112 pages, 15,20 €. par Jean-Jacques Bédu, p. 127.
Abdellah Taïa, Le Bastion des larmes, Folio, 2026, par Gisèle Paris, p. 128.
Fabrice Lardreau, Les Fantômes de Poltava, Éditions Héliopoles, 198 pages, 19,90 €. par Jean-Pierre Poccioni, p. 129.
Martine Roffinella, Éclatilles, Éditions des Utopies, 100 pages, 12 €. par Richard Taillefer, p. 130.
Cyril Roger-Lacan, Derniers jours, Grasset, 2021, par Chermont, 130.
René de Ceccatty, Les Trois Vies d’Hector Bianciotti, Séguier, 2026, 592 pages, 25,90 € et d’Hector Bianciotti, Un jeune homme étonné, critiques, entretiens et portraits, Gallimard, 318 pages, 21 €. par P. Perrin, p. 132.
Alain Marc, La Vie du cri, éd. Unicité, 2026, par Murielle Compère-Demarcy, p. 133.
Christophe Dekerpel, Chœurtographie, Éditions La Chouette imprévue, 60 pages, 14 €. par Murielle Compère-Demarcy, p. 134.
Stève-Wilifrid Mounguengui, J’ai toujours marché avec ses rêves en moi, éd. du Mauconduit, 15 €. par Joëlle Pétillot, p. 135.
Poésie/première, n° 94, revue trimestrielle dirigée par Gérard Mottet, mars 2026, 132 pages, 16 €. par Pierre Perrin, p. 135.
Didier Laroque, Passage à Trèves, Éditions de la Coopérative, 224 pages, 19 €. par Stéphane Barsacq, p. 136.
Frédéric Dieu, Ma vie jusqu’à la tienne, Éd. de Corlevour, 80 pages, 15 €. par Stéphane Barsacq, p. 136.
Jean Berthier, Voyage tranquille au pays des horreurs, Le Cherche Midi, 2026, 180 pages, 20 €. par Pierre Perrin, p. 137.
Luc-André Sagne, Mes incendies, éditions Unicité, 2025, 82 pages, 13 €. par Rémi Madar, puis Parme Ceriset, p. 137
Apolline Fontaine, Entre hasard et nécessité, L’Harmattan, 2025, 100 pages, 13 €. par Pierre Perrin, p. 139.
Richard Taillefer, Les Invisibles, éd. Gros Textes, par Martine Roffinella, p. 140.
Yannick Girouard, Spirale, Ex Aequo, 12 €. par Amalia Achard, p. 140
Parme Ceriset, La Liberté sur les lèvres (Bohème), Éditions Unicité, 15 €. par Alain Nouvel, p. 141.
Gwen Garnier-Duguy, Dit de l’Amandier en fleur à Grand vivant, L’Atelier du Grand Tétras, Coll. Glyphe, 2025, par Chermont, p. 142.


Descriptif du n° 40, à paraître pour le 1er juin:

Format du volume n° 40 de juin : 142 x 210 mm
Papier de 115 gr à l’intérieur
Couverture couleur 250 gr. + 9 cahiers de 16 pages, dos cousu.
Poids du volume : 270 gr. (Port offert pour toute commande.)
144 pages. L’achat au numéro : 16€
[Possibles 29 rue de l’Hôpital 39600 Arbois
– courriel : foton@free.fr] ;
Règlement par chèque ou virement [l’Iban figure sur le bulletin ci-dessous].
Conditions pour les libraires : 37,75 % de remise et port offert ;
Soit pour un prix public de 16 € [exempt de TVA], un prix d’achat de 10 € ;
[Règlement par virement après vente – Iban sur le bulletin ci-dessous].



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Retours de lecture pour ce numéro de juin

Dans la continuité des précédents numéros, Pierre Perrin nous alerte à nouveau sur la déperdition actuelle de la lecture, vecteur de transmission et fondement de notre culture. La notion diffuse de civilisation, en lien avec celle de cité, fait l’objet d’un article de K.J.Djii, dont l’intitulé donne son titre au numéro. Les deux textes qui suivent, d’humeur pessimiste et de style pamphlétaire, signés d’Olivier Causte et de Pascal Adam, n’encouragent guère les lecteurs à croire en l’avenir de la langue française, tant sont nombreux les facteurs qui paraissent concourir à son déclin. Plus loin, un texte d’Yves Marchand, intitulé Le Syndrome de l’abandon, commence par cette phrase  « Lorsque l’intelligence déserte la pensée, la société se met en léthargie ». Heureusement, quelques poèmes viennent s’intercaler entre ces pages grises, qui nous redonnent quelque espoir de ne pas sombrer… On relève, entre autres, les noms de Martine Rouhart, Sacha Zamka, Parme Ceriset. Deux poètes "régionaux" du xxe siècle font l’objet d’une présentation biographique en forme d’"éloge" : René-Guy Cadou, par Marie-Christine Guidon et Marcelle Delpastre, par Alain Nouvel. Rappelons que la poète limousine a récemment fait l’objet d’une étude détaillée dans notre n°93, paru en décembre 2025 sous la signature d’Élisabeth Beyrie-Soulassol. — Gérard Mottet, Poésie/première, n° 96, septembre 2026

En couverture une photographie d’Emmanuel Bourreau-Chopin : matière, traces, ombres, traits. Le titre du numéro intrigue : Précis d’orientation. Le texte de Pierre Perrin en 4ème de couverture précise l’intention. Importance culturelle majeure de la lecture, mais inquiétude sur le recul et ce qu’il interprète comme le signe que « notre civilisation se défait ».
Le premier texte (très riche), Précis d’orientation, apparaît comme introductif du questionnement. KJ Djii interroge le sens du mot « civilisation » et de ses connotations idéologiques. KJ Djii se réfère d’une part au dictionnaire de l’Académie française (apparition tardive du terme, en 1835, entaché par la croyance européenne en une « supériorité » civilisationnelle) et d’autre part à l’ouvrage d’André Leroi-Gourhan, La civilisation du renne, 1936, « introduisant une double notion élargie de l’espace et du temps ». Il note que « Dérivant étymologiquement de civitas, la cité, la ville, la notion de civilisation semble donc étroitement liée à l’urbanisation c’est-à-dire à la sédentarisation ». Mais « Il n’en est rien ». La ville et ses élites, ses hiérachies, contre les habitants des espaces à l’extérieur : « La notion de civilisation a ainsi généré la notion de barbarie, sa grande sœur ». Il rappelle que « les territoires du sacré se situent hors des livres et des monuments » et que « les chamanismes et animismes ainsi que les innombrables formes de spiritualités non théistes sont toujours présentes sur toute la planète » : « symbiose homme cosmos » et « sens du sacré en lien direct avec la nature », or ample est « le patrimoine spirituel de l’humanité ». Les dits « civilisés » ont pratiqué le vol de territoires et la prédation : « terres accaparées et des rythmes millénaires anéantis », et la « diffusion à l’échelle planétaire d’un mode de pensée unique, légalisé par un dieu unique ». Pour lui pas d’inquiétude si l’écriture « née du chiffre »... « y retourne », l’oralité sauvant selon lui la poésie, quand la civilisation actuelle est « écocide » par l’oubli du lien avec la nature. Toute son analyse rejoint, pour moi, le message de Jean Malaurie, qui, dans son ouvrage de mémoires, De la pierre à l’âme, dénonce l’ignorance qui a pu faire considérer que les Inuits dont il a partagé la vie devaient être éduqués, vus comme prisonniers de croyances obscures. Or c’est le contraire qu’il observe : ils ont des savoirs et des presciences (notion importante dans son étude et son expérience) qu’il serait urgent de comprendre si on veut sauver l’humanité de l’autodestruction. De même Achille Mbembe, dans La communauté terrestre, démontre la nécessité de retrouver les cosmogonies africaines et les métaphysiques animistes, pour créer une conscience planétaire. Mais ils ne renoncent pas à la force de l’écrit (seul point où je ne partage pas le point de vue de KJ Djii : paradoxal cependant puisque son expression passe aussi par l’écrit).
Autre texte qui répond au titre et interroge l’état de notre société, celui d’Yves Marchand, Le Syndrome de l’abandon. Désertion de l’intelligence, c’est son diagnostic dès la première ligne, et, conséquence, « la société se met en léthargie » : « Il n’y a plus d’être pensant ». Le résultat : « Se manifeste alors le syndrome de l’abandon par lequel la société renonce à se comporter en corps social. Disparaissent les principes humanistes et le respect de la loi ». Pour lui la solution est «l’absorption de culture». Poursuivant son constat il déplore le renoncement à ce qui faisait une des forces de la France, la laïcité. Pour des calculs électoralistes. Le « discours » remplacé par le « slogan », la raison par le « populisme ». Il liste divers abandons, dont la liberté et la fraternité, dans le paysage d’un « déclin ». Se demandant si l’intelligence artificielle (qui peut aider le mensonge) ne pouvait pas être aussi une chance de retrouver un peu de pensée inscrite dans la mémoire humaine.
Tristes constats, aussi, que ceux de Laurence Biava, dans un texte titré Notre avenir, et sous-titré Suffocations / Éructations / Sommations : « Ce sont toujours des mots libérés dans la douleur. Des mots entendus entre les heurts. Séquestrés, verrouillés, interdits. » [...] « Nous sommes entraînés dans ce funeste kaléidoscope du temps dont le cours un jour nous échappera définitivement. » [...] « Notre futur est si sombre ». Et je note que dans ce qui est signe de dévastation elle prend en compte la catastrophique augmentation de l’antisémitisme, les publications néo-nazies assumées ainsi, et l’antisémitisme de certaines populations arabo-musulmanes (mais pas l’engagement des musulmans laïques). Agressions verbales et physiques, assassinats, terrorisme. Devoir évoquer des tombes... Elle l’écrit : « Les rues sont dévastées par la détestable odeur de l’antisémitisme », et « de nouvelles officines nazies gangrènent tout ce qu’elles peuvent dès qu’elles le peuvent ». Officines nazies... Justement je viens de lire une information sur un bibliothécaire toulousain qui avait créé une édition de publications nazies et identitaires et réussi à les faire inscrire dans des bibliothèques : adhésion totale à l’univers hitlérien, et pourtant d’une famille plutôt loin de cela. Qu’est-ce qui transforme quelqu’un en nazi ? De quelle ombre cela vient-il ? Pour ce qui concerne l’antisémitisme islamiste il faudrait ajouter à cette analyse le rôle de l’extrême gauche (LFI et Verts) qui par stratégie électorale et aveuglement idéologique a choisi la complicité active. Et, autre ajout (positif celui-là) rappeler au contraire le combat idéologique d’auteurs, chroniqueurs, journalistes de culture musulmane, de plus en plus nombreux à être engagés contre tout ce que représente le projet totalitaire des islamistes. Laurence Blava espère « un réveil des consciences ». Je crois pour ma part qu’il viendra aussi de ce côté-là. Mais pas de l’extrême droite qui instrumentalise les peurs (tout en choisissant de soutenir un autre totalitarisme menaçant, celui des poutiniens: en donnant la parole à des propagandistes du Kremlin, comme l’ex RT Xenia Fedorova qui officie sur Cnews, Europe 1, Canal +, publie chez Fayard et écrit dans le JDD, avec l’appui de l’actionnaire Bolloré). Les termes de « grand remplacement » et de « vagues migratoires » utilisés dans ce texte appartiennent à un vocabulaire plus idéologique que sociologique, de partisans qui rejoignent des courants identitaires refusant toute immigration, courants eux-mêmes souvent associés à l’ultradroite qui fréquente les officines dénoncées dans cette chronique, car les frontières sont poreuses. Et si médiatiquement le populisme a deux discours extrêmes (l’un se présentant défenseur des Juifs) la surface affichée ne correspond pas à la réalité plus souterraine. Mais, si on parle d’antisémitisme (et de complotisme, c’est toujours lié) c’est aussi Pigasse que les dérives de Radio Nova ne dérangent pas... Argent et idéologies adverses mais pareillement néfastes. Il est dit, en note sur la chroniqueuse, qu’elle a un engagement féministe. Mais elle n’a pas mentionné (au sujet de l’antisémitisme) le comportement des groupes féministes qui ont agressé les femmes qui portaient la solidarité avec les femmes violées lors du pogrom du 7 octobre. Dans les dérélictions on peut compter celles du féminisme.
Le récit de Charles Garatynski, L’Europe de cannelle, ne semble pas une réponse au thème. Cependant cette histoire troublante le rejoint en faisant se rencontrer présent et passé, mémoire et tragédie de l’histoire. Le narrateur découvre un livre de Bruno Schulz, écrivain juif polonais, Les Boutiques de cannelle, et entre dans un état de fascination qu’il ne comprend pas vraiment mais auquel il obéit jusqu’à vouloir rejoindre le lieu de vie et de mort de cet auteur polonais. Dès le voyage (traversée de l’Allemagne, de la Pologne jusqu’à l’Ukraine) une métamorphose intervient. Il reconnaît des lieux et vit les angoisses, terreurs et malaises qui furent ceux de l’auteur assassiné un 19 novembre 1942 par un officier nazi. Puis, bascule temporelle, le narrateur a la prescience de la mort, sa mort en... Bruno Schulz. Cannelle ? C’est ici la couleur du sang séché des guerres et des haines. Ne pas oublier.
De Parme Ceriset, plusieurs poèmes sous un titre général, Je reviens de la Nuit. Voilà une poésie qui sait écrire du sens, partir des profondeurs de soi et arpenter les hauteurs de l’âme. À lire ces poèmes on verra que le JE n’est pas refermé sur lui-même et que la conscience des dérives de notre monde est là aussi. Le titre d’ensemble est aussi celui du premier poème (majuscule à Nuit : comprendre une dimension qui est une traversée de bien plus qu’un espace de temps entre crépuscule et aube, mais la marque d’un itinéraire où l’on peut saisir douleur et vertige de perte risquée de soi ou nécessaire voyage intérieur dans ce que Jung appelle l’ombre, genèse de l’accès à soi et... Soi). Poème dont je cite plusieurs vers : « Je reviens de la Nuit, / des Hauts-Plateaux de l’âme / où un astre rougi brûle tous les ‘Icares’ […] J’assume la folie, / l’étincelle mystique […] le gouffre surmonté / et la joie arrachée / aux griffes du néant. » Dans Je marche outre-monde, elle nous fait parcourir un champ de morts, car « Il fait un temps de guerre » et « Les taillis carbonisés gémissent dans le souffle des haines. » Mais « Je marche à demi nue, /l’espoir en bandoulière. / Mes cicatrices au vent / luisent d’étoiles pelées. » Indomptable dit l’amour d’autrui, des êtres blessés qui poursuivent leur chemin, dépassant les douleurs, sachant vivre le feu : « J’aime ceux qui avancent / avec une entaille dans le cœur. / Je me sens sœur de ceux qui chantent / en marchant pieds nus sur les braises. » Traçant son savoir de L’Écume des morts, elle est « drapée dans l’écume rougie des naufragés ». Car « Je marche en Amazone chevauchant la tempête / en chamane des mots / et j’apaise les êtres / pour les rendre à l’éther libre des soirs d’été. » Celle qui écrit est La Plume Amazone : « Une plume engagée dans le rêve humaniste, un fruit de Voie lactée cueilli au verger noir, qui distille en chantant ses pensées utopistes, pour faire gagner la vie et triompher l’espoir. »
Alain Nouvel a eu la bonne idée de publier une chronique sur Marcelle Delpastre, qu’il titre Éloge de Marcelle Delpastre, avec, en sous-titre, la mention « Poète et mémorialiste limousine ».
Très intéressant portrait de vie que celui de cette femme qui renonce aux études en 1945 pour se vouer au travail dans la ferme familiale et, en même temps, à l’écriture, axe et passion. Je pense à Thierry Metz, à son livre si bouleversant, Le Journal d’un manœuvre. Car, comme lui, elle écrit loin des milieux qui règnent sur l’univers de la création, assumant la fatigue du travail physique et la solitude. Une « solitude radicale », écrit Alain Nouvel, et donc « un profond déficit de notoriété ». Elle a écrit beaucoup en occitan (comme Max Rouquette), et, recueillant des textes, réalisé un travail d’ethnographe. À lire les nombreuses citations de ses écrits dans cette chronique on perçoit une femme très lucide, sans illusions, mais aimant le réel de la vie. Alain Nouvel note quelle a conscience des ravages menaçant la vie agricole, et rappelle le jugement qu’elle porte sur ceux qui tendent des pièges aux fermiers pour des remembrements et investissements destructeurs. Mais... « Ce qui me frappe c’est qu’il n’y a aucune nostalgie chez Marcelle Delpastre, mais une passion étonnante pour les vivants, bêtes et gens, une singulière présence à son présent ».
NOTES de LECTURE (sélection) :
Je mentionnerai la première à la fin car c’est sur le livre collectif sur Camus dont j’ai assumé la direction (et c’est long car 22 auteurs).
De Joe Bousquet, Lettres à Jean Cassou, 1930-1950, Gallimard, 2026, Pierre Perrin note en préambule : « Chacun connaît de Bousquet, le poète alité de Carcassonne, la blessure causée par un éclat de schrapnel, le 27 mai 1918, qui le priva de l’usage de ses jambes pour le restant de ses jours. » La correspondance avec Jean Cassou est amicale et littéraire, traitant notamment de difficultés avec des éditeurs et revuistes. « On retrouve dans certaines lettres un vrai partage, une amitié intellectuelle et surtout le paysage mental du poète. »
De Parme Ceriset, Amazone d’outre-monde, Tarmac, et La liberté sur les lèvres, Unicité, 2025, par Julien Miavril : « De même que Friedrich Nietzsche a mis en lumière la célèbre tension entre Dionysos et Apollon, ces deux recueils de Parme Ceriset semblent se répondre selon une dialectique semblable, entre nuit et lumière, extase et clarté, traversée des abîmes et célébration du vivant. » // « Avec Amazone d’outre-monde, Parme explore la face nocturne de son écriture. » [...] « La liberté sur les lèvres, quant à lui, marque un basculement lumineux. » [...] « Ensemble, ces deux recueils composent un diptyque remarquable : celui d’une poétique qui ose affronter l’ombre pour mieux accéder à la lumière. » [...] « Une poésie de passage, de transmutation, et de fidélité profonde au vivant. »
De Thierry Metz, Lettres à la Bien-Aimée et autres poèmes, Gallimard, coll. Poésie, 2025, par Jean-François Mura, dit K.J.Djii. Saluant la publication du volume il écrit : « L’écriture de Thierry Metz est unique, singulière et pourtant si familière qu’elle semble puiser à la source même du langage, du mot en tant que présence. » [...] « Profondément attachante par son humanité, la figure de Therry Metz se démarque nettement de la galerie poétique de la fin du siècle dernier : des millions de vies lui font écho. » K.J.Djiii note aussi la qualité de la préface d’Isabelle Lévesque et de la postface d’Éric Vuillard, qu’il cite (« Cette poésie est un avènement dans l’histoire »).
D’Alain Marc, La Vie du cri, Unicité, 2026, par Murielle Compère-Demarcy (MCDem) : « Avec La Vie du cri Alain Marc poursuit une œuvre singulière où l’écriture n’est ni forme close ni exercice esthétique, mais geste vital, conflictuel, exposé. » Le cri ? « force originaire ». « Il surgit au point de faille d’où sourd l’expression et met en jeu la chair [...] ». [...] « Cette écriture s’inscrit dans une filiation exigeante : Artaud, Novarina, Bataille. » Conclusion : « Ce n’est pas un livre à lire, mais à traverser ». (On entend qu’ainsi il faut alors se laisser traverser).
De Luc-André Sagne, Mes incendies, Unicité, 2025. Par Rémi Madar : « itinéraire intérieur, heurté, parfois contradictoire ». Il note la « rudesse » des images, et le « recours aux mythes, convoqués puis déplacés. » En conclusion : « ce qui brûlait le corps trouve alors sa place dans la langue ». Par Parme Ceriset : « Colère, Désir, Mémoire... Des titres qui annoncent l’extrême intensité d’une immersion au cœur de l’esprit humain, de ce qui le ronge de l’intérieur. »
De Parme Ceriset, La liberté sur les lèvres, Unicité, par Alain Nouvel : « La poésie de Parme Ceriset, c’est, d’abord, du désespoir surmonté : la fuite du temps, la disparition des proches tant aimés [...]. » Mais il y a un arrachement salvateur au sombre, et la poésie est « rédemptrice ».
De Marie-Claude San Juan et collectif (22 auteurs), Albert Camus d’une rive à l’autre, Unicité, 2026. Par Marie-Paule Farina : Elle dit sa difficulté originelle à découvrir Camus, pour des raisons idéologiques et intérieures (qui ont changé ensuite), et se rassure en donnant l’exemple d’un contributeur ayant eu la même distance avec l’auteur phare (et repère) qu’est Camus pour la grande majorité des Pieds-Noirs (et beaucoup d’Algériens... comme le prouvent les co-auteurs du Camus, et tous les Algériens ayant écrit sur lui, mentionnés dans la bibliographie du livre et dans certains textes). Elle mentionne la difficulté, pour les natifs d’Algérie (Algériens ou Pieds-Noirs) à pouvoir comprendre, admettre, l’indifférence de Meursault à la mort de sa mère : les mères étant sacrées en Algérie. (Mais Meursault devenant l’étranger, et d’abord à lui-même, un personnage représentant justement la coupure existentielle, ne répond plus aux normes émotionnelles du natif d’Algérie...). Elle voit dans des effacements du passé des reniements qui touchent bien au-delà de l’histoire algérienne des deux rives. Tragédie humaine universelle. Mais pense que Camus le méditerranéen, attaché à ces deux rives, peut aider à faire que la Méditerranée soit lien plus que séparation. Elle cite le préfacier Karim Akouche, si camusien, qui lit Camus en Algérien trouvant en lui une éthique commune, le refus des radicalités. Elle rappelle, s’appuyant sur le texte de Jean-Claude Xuereb (connaisseur éminent de Camus) la relation de sa pensée avec les mythes grecs, et son projet, que sait dire Jean-Claude Xuereb, de clore sa trilogie par Némésis. Place importante dédiée à la lecture de Catherine May Atlani, fascinée par Noces et y trouvant une nourriture jamais perdue : le corps, la nature, la vie, l’art. Conclusion : la réponse qu’est ce livre aux malheurs de l’histoire et des fractures se trouve dans la pensée de Camus, citée : «Nous avons à recoudre ce qui est déchiré ». (Ce que le préfacier Karim Akouche et l’auteur de la postface Hubert Ripoll ont noté dans leur lecture, se rejoignant sans s’être concertés, et qui est présent dans chaque texte mais aussi dans les créations plastiques : calligraphie de Catherine May Atlani, peintures de Nicole Guiraud, et aussi dans le portrait qu’a fait Djilali Kadid de Camus, et qui est en couverture). — Marie-Claude San Juan, sur son site Trames nomades, le 3 juin 2026.

Dans ce numéro de la revue Possibles, consacré à la défense de la lecture et de la beauté de la langue, on parcourt notre monde avec la même exigence, des regards sans concession et furieusement drôles d'Olivier Causte et Pascal Adam aux poèmes hissant l'éblouissement dans nos yeux, comme ceux de René Guy Cadou étudié par Marie-Christine Guidon, de Parme Ceriset et de Marianne Ginesta. — Aline Angoustures, Le Livre des visages, 31 mai

Marianne Ginesta, L’Herbe sous la peau… ou la vie comme incendie. Marianne Ginesta entre en littérature, comme on entre dans la matière : les mains dans la terre, les tempes battantes, sans filet, ni posture. Ce n’est pas encore un recueil au sens convenu du terme, c’est un organisme vivant, une chose qui respire et qui saigne, tissée de vers, de prose poétique et de fragments autobiographiques que rien ne départage vraiment, parce que chez elle tout appartient à la même urgence. La langue de Marianne Ginesta procède par embrasements. La métaphore végétale traverse tout l’extrait, de l’enfance au rituel sortilège des noces. Ce qui frappe d’abord, c’est la conscience du temps. Mariane Ginesta le regarde avec une lucidité sans concession : « Le miroir carnassier qui te crache à la gueule / Le naufrage sans mer. » La mélancolie n’y est pas résignation, elle est carburant. L’enfance, évoquée avec une précision proustienne, n’est pas nostalgie mais source vive. Elle bat encore tapie sous la peau, à la lisière : « L’enfance fut la première saison du feu. Elle ne dort pas : elle bat encore tapie sous sa peau, à la lisière. » Certains passages sur la maternité atteignent une densité rare : « Capitaine, guerrière, sage, à leur côté je deviens entière comme une lune d’équinoxe. » Et toujours ce désir fauve, ce flamboyant corps à corps dans « l’humus » végétal. Vibrante, Marianne Ginesta écrit : « nos jambes qui se nouent comme des racines, odeurs fauves, et dans la gorge ce goût de l’irrémédiable. Et nous assistons à un rituel où la vie comme incendie prend racine dans « L’Herbe sous la peau ». C’est le premier acte du rituel. Submergés et émus, nous sommes impatients de la suite de la semaison. — Jeanne Orient, Le Livre des visages, 31 mai 2026

Le numéro 40 de la revue de Pierre Perrin m’est arrivé hier, dans lequel on peut lire quelques miens vers élégiaques. Je n’ai pas encore eu le temps de lire tout le volume, mais le texte de Pascal Adam m’a fait douter si je n’étais pas moi aussi, après tout, que l’un de ces « élargisseurs du vers » avec mes quatorze syllabes, surtout après avoir lu les très beaux alexandrins de Sacha Zamka (« On apprend à survivre à son propre sursis. […] On ne peut regarder ni soi ni les éclipses ».) — Olivier Causte, Le Livre des visages, 30 mai

Reçu aujourd’hui la dernière livraison de Possibles, la revue de poésie dirigée par l’infatigable Pierre Perrin. Comme toujours, une brassée de voix, d’univers. C’est toujours passionnant. Je suis particulièrement touché par ce poème écrit par une élève de 6e. Sur le thème de la liberté, elle parle du fait d’être bègue. Je trouve ce poème extraordinaire de force simple. « Ma parole, c’est mon chemin […] Car la liberté c’est dans le cœur. » Adèle Foulc, je ne vous connais pas mais du haut de vos quelques années de vie, vous avez déjà compris beaucoup de choses. (Et de joindre une photo de la page du poème.) — Emmanuel Godo, Le Livre des visages, 20 mai

Je commence presque par le début. Pas dans mes habitudes
Après avoir lu Marianne Ginesta et la préface, j’attaque Olivier Causte. Pas de chance pour moi, j’adore Tract de Gallimard et j’adhère totalement à la pensée d’un français non figé défendue par le collectif des linguistes atterrés. Là où je suis embêtée est qu’Olivier Causte écrit divinement bien sur quatorze syllabes en AA BB CC tout du long de quatre pages dans une langue que je bois au petit déjeuner. Je ne renie pas mon Amour du français dans sa pluralité. C’est même en lisant Olivier Causte un hommage à la langue moderne en contre-pied. On peut aimer le classicisme poussé à l’exercice de style et le vivre libre au quotidien.
Je choisis de ne pas choisir. Le français mal écrit par flemme me met hors de mes lignes mais jamais je n’enfoncerais un allophone qui s’exprime mal. Je collectionne les fôtes de mon dys sur dix de fils. J’y vois des trésors d’imagination et des pensées invisibles aux neurotypiques. Ce texte est une claque dans la forme et le propos mais pour le fond, non Monsieur, le français n’est pas mort, il vit de manière feu d’artifice, il foisonne, il se réinvente à partir de son histoire, tous les jours, partout, avec des apports inattendus, des suppressions qui reviendront peut-être, des lectures différentes de l’Histoire. Le français est une langue tellement puissante qu’il serait dommage de ne pas la brusquer pour qu’elle nous émerveille toujours et toujours plus.
Anecdote personnelle : Une élève de terminale avait écrit un dictionnaire des mots jeunes pour son père. Un régal avec exemple d’utilisation du mot, synonymes et antonymes. Au lieu de se braquer de générations en générations, créer des ponts. C’est le cadeau qu’elle faisait à son père, un cadeau plein de sens.
Je me sens infiniment nulle de ne pas savoir écrire comme Olivier Causte spontanément mais je ne vais pas chercher à y arriver. Non par flemme mais que je pense que la littérature est assez vaste pour que chacun y ait son style unique. Je vais essayer de dénicher ses écrits pour le lire davantage. Merci à Pierre Perrin de m’avoir fait découvrir Olivier Causte dans sa revue Possibles. — Laurence Paulmier, Le Livre des visages, 20 Mai 2026.


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